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Pourquoi un enfant ne peut pas toujours se contrôler

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Cette une question beaucoup de parents se la posent.
On reproche souvent aux enfants de ne pas se retenir, de réagir trop fort, de “savoir mais de ne pas faire”… Pourtant, il faut savoir que ce n’est généralement pas de la mauvaise volonté, il y a souvent une réalité essentielle qu’on oublie : leur cerveau est encore en pleine construction.
Un cerveau en plein chantier
Le cortex préfrontal (tour de contrôle du cerveau) est une zone impliquée dans l’inhibition, la régulation émotionnelle, la planification, la réflexion, l’anticipation des conséquences et chez l’enfant elle n’est tout simplement pas encore mature. Et oui elle continue de se développer jusqu’au début de l’âge adulte et finit sa maturation vers 25 ans environ.
Concrètement, cela signifie qu’un enfant ne peut pas toujours se calmer tout seul quand l’émotion déborde, ni même inhiber une impulsion forte, gérer la frustration sur la durée et encore moins rester régulé notamment quand il est fatigué, stressé ou surstimulé.
Ce n’est ni de la provocation, ni de la manipulation, ni un manque d’effort mais tout simplement biophysiologique et neuro-développementale.

En effet, lors d’une émotion intense ou quand il vit une situation stressante, l’enfant bascule rapidement vers des circuits plus immatures et archaïque.
Le cortex préfrontal non mature et encore fragile, se mettra « hors ligne » puisqu’il ne peut pas s’appuyer sur les capacités de régulation non encore apprises et consolidées (en plein apprentissage).
Il va y avoir un déséquilibre entre les réseaux émotionnelles dont le chef d’orchestre est l’amygdale et le cortex préfrontal (tour de contrôle) qui calme, dirige, freine les impulsions venant des réseaux émotionnels et assure ainsi l’harmonie. Chez l’enfant, ce frein est encore « mou » et c’est un peu comme avoir un moteur de Ferrari (émotion) avec des freins de vélo (cortex préfrontal).
Quelques exemples :
(1) Une impulsion qui traverse le cerveau va transforme en action avant même que le cortex n’ait eu le temps de s’activer. Un cortex mature nous permettrai de dire : « Ce n’est pas grave si je n’ai pas ce jouet maintenant, je l’aurai plus tard ». Chez l’enfant, cette gymnastique mentale demande une grande maturité que l’enfant n’a pas encore, il vivra ainsi l’émotion au premier degré, de manière absolue et définitive.
(2) Le cortex préfrontal gère également la mémoire de travail (qui permet notamment de garder en tête les règles et leurs conséquences). « Maman a dit qu’on partait après ce jeu ». Sous le coup d’une émotion forte (opposition par exemple), la mémoire de travail va être saturée. L’enfant « oublie » littéralement la règle car toute son énergie cérébrale sera focalisée sur son ressenti immédiat.
Une immaturité des reseaux émotionnelles.
Pour se « contrôler », il faut d’abord identifier ce que l’on ressent. Un enfant est souvent submergé par des émotions brutes qu’il ne sait pas nommer. Nous venons de le voir il est littéralement dans l’incapacité de raisonner. Il ne refuse donc pas de se contrôle, il en est juste incapable et il est juste entrain d’apprendre.
Comme il vit intensément dans l’instant présent, s’il veut un jouet maintenant, l’idée d’attendre 5 minutes lui semblera une éternité insupportable. Dans un cerveau mature, le cortex préfrontal envoie des messages apaisants à l’amygdale zone qui détecte les menaces et déclenche la peur ou la colère : « Tout va bien, calme-toi, il n’y a pas de danger ». Mais chez l’enfant les connexions sont encore très fines et peu nombreuses. Le message de calme arrivera biophysiologiquement trop tard ou pas assez fort.

Donc avant de demander à un enfant de se contrôler seul, il faudrait :
co-réguler, sécuriser, répéter, montrer afin qu’il puisse apprendre par « imitation » en observant les adultes autour de lui.
Si nous lui montrons que nous perdons patience rapidement, il intègrera que c’est une réponse normale et adapté au stress.
L’autorégulation s’apprend, elle ne s’exige pas. L’enfant à bel et bien besoin d’un « co-régulateur » (un adulte calme) pour l’aider à apaiser son propre système nerveux.
Petit plus à retenir : l’autorégulation demande une énergie immense. Si les besoins de base ne sont pas comblés, la « maîtrise de soi et des ses émotions » est la première chose qui va disparaître. Un enfant fatigué n’a plus aucune ressource pour inhiber ses impulsions, la baisse de glycémie du à la faim peut impacter l’humeur, trop de bruit, de monde ou d’interaction peuvent saturer son système nerveux.

La question à se poser :
Et si ce qu’on appelle un “mauvais comportement” était parfois tout simplement un cerveau en développement et non pas un enfant opposant ?
J’ai bien dit « parfois ».