Les pensées déformées, c’est quoi ?
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En tant qu’êtres dotés de conscience, chacun d’entre nous interprète constamment le monde qui l’entoure : on cherche à comprendre les situations, à donner du sens à ce qui se produit en nous ou à l’extérieur de nous. Notre cerveau génère des pensées de manière automatique et il est câblé pour ne jamais s’arrêter de le faire. Ces pensées impactent directement notre humeur et nos comportements, en particulier lorsqu’on les considère comme des faits, comme des vérités. Pourtant, nos pensées sont loin de toujours refléter le réel !
Les pensées déformées sont des façons de penser qui modifient la réalité, un peu comme si l’on portait des lunettes déformantes. La situation est perçue à travers le filtre de cette paire de lunettes noires, qui nous font apparaître la situation comme plus grave, plus inquiétante, plus négative qu’elle ne l’est vraiment. Si on en a, c’est parce que notre cerveau fait des raccourcis permanents, au regard de la quantité d’informations qu’il doit traiter en continu. Il nous fait voir les choses de manière biaisée.
Ces pensées ont leur utilité : elles permettent de traiter plus rapidement l’information et de réagir rapidement aux situations, en particulier aux situations stressantes. Par contre, elles peuvent en parallèle générer beaucoup de souffrance. Ce qu’on veut, ce n’est pas les supprimer, mais apprendre à les repérer, à les distinguer de nos pensées rationnelles, et à les questionner pour prendre du recul et réduire leur impact sur nos émotions et nos comportements.
Les principales pensées déformées qui ont été scientifiquement identifiées sont :
(1)L’interprétation arbitraire : on tire une conclusion arbitraire d’une situation, d’un évènement, d’une expérience, sans qu’il n’y ait aucune preuve pour étayer notre conclusion et sans que l’on ne la remette en question. L’intuition prend une valeur de conviction « Il ne m’a pas téléphoné, c’est qu’il ne veut pas de moi » « Cette thérapie ne marchera pas ». « Je ne vais pas y arriver » « Si je parle en réunion, je vais me ridiculiser » « ça va forcément mal tourner »
(2)L’abstraction sélective : on se focalise sur un aspect (souvent négatif) d’une situation et on interprète l’ensemble de la situation au regard de cet aspect. « Mon enfant qui hurle au supermarché prouve bien que je suis un mauvais père ». « Je me sens fatiguée, c’est la preuve que je vais à nouveau tomber en dépression »
(3)La généralisation excessive : un évènement arrive et on en tire une conclusion définitive, ce sont les phrases en « toujours » « partout » « jamais ». « Ma relation s’est terminée, je serais toujours seule ». « Ça ne s’améliorera jamais »
(4)La maximisation et la minimisation ; on maximise le négatif et on minimise le positif d’un fait ou de ses implications. « Oui j’ai réussi à prendre l’avion mais j’ai encore plein d’autres problèmes » « Il m’a fait un compliment, c’était sans doute par pitié » « ce que j’ai déjà fait n’a pas d’importance, ce qui compte c’est tout ce qu’il me reste à faire pour devenir heureux ». « ce que j’ai réussi, n’importe qui l’aurait réussi »
(5)L’étiquetage inexact : on formule un jugement général vis-à-vis de soi ou de quelqu’un d’autre à partir d’un de nos comportements « Je suis nul » « Je suis une ratée » « C’est un incapable »
(6)La personnalisation : on s’attribue de manière disproportionnée des responsabilités qui ne sont pas de notre ressort, on interprète le comportement des autres comme dirigé contre nous. « Ils ont ri car ils se sont moqués de moi » « C’est ma faute si mes étudiants ont raté leur examen ». « s’il est de mauvaise humeur, c’est à cause de moi » « si mon enfant a des difficultés, c’est forcément de ma faute »
(7)La pensée en noir et blanc, en tout ou rien : « Si ce n’est pas parfait c’est très mauvais »« Il ne m’a pas souri, il me déteste » « Le ménage doit être fait à la perfection, sinon la maison est sale ». « soit on est un bon parent, soit on est un mauvais »
(8)Les injonctions : « il faut » « je dois » « j’aurais du », ces règles que l’on se donne sont particulièrement génératrices d’émotions négatives. « Je dois être sorti de ma dépression dans un an sinon c’est fichu » « je dois toujours être fort » « je ne devrais jamais faire d’erreurs » « un bon parent ne doit jamais s’énerver autant »
(9)Le catastrophisme : on amplifie le danger ou le désagrément associé à un évènement « Elle n’a pas rigolé à ma blague, je ne lui plais plus comme avant, nous allons nous séparer et je ne m’en remettrais jamais »
(10)Le raisonnement émotionnel : la façon dont je me sens valide ce que je pense « Je me sens en danger donc je il y a un danger » « je me sens inutile donc je suis inutile »
Et vous, quelle paire de lunettes vous portez en ce moment ?
