Décryptage : L’impulsivité chez l’ado.
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On reproche souvent aux adolescents d’« agir sans réfléchir ». L’impulsivité à cet âge (hors trouble neurodéveloppementaux) n’est ni un simple problème d’éducation, ni un fatalisme biologique, elle résulte entre autre chose, d’une rencontre complexe entre un cerveau en pleine réorganisation, des transformations hormonales majeures, une histoire psychique qui se remanie et un environnement parfois socialement et affectivement instable.
Côté cerveau : un moteur puissant avec des freins encore fragiles puisqu’à l’adolescence, les circuits émotionnels (limbiques) deviennent très réactifs, alors que le cortex préfrontal (celui qui aide à planifier, inhiber, anticiper ) mûrit plus tardivement. En résulte : des réactions rapides, une attirance pour la nouveauté, des difficultés à différer le plaisir et une tendance à décider « dans l’instant » = décalage entre la vitesse de traitement de l’information et de la r »ponse entre le limbique rapide et le préfrontal lent.
Côté hormones : à la puberté, les hormones sexuelles modifient la sensibilité des circuits cérébraux. La testostérone augmente l’agressivité, la compétitivité, la sensibilité à la récompense, la prise de risque et les Œstrogènes et la progestérone influencent la régulation émotionnelle, avec des possibles réactions d’irritabilité, d’hypersensibilité, parfois d’impulsivité.
Côté psychique/affectif : l’acte court-circuite la pensée. Les adolescents ayant du mal à nommer leurs émotions quand celles-ci débordent, l’acte (agir) surgit rapidement pour calmer, évacuer et tester. Cette impulsivité fonctionne alors comme une protection contre l’angoisse et surtout c’est une tentative de reprise de contrôle, et parfois même un message implicite adressé à l’autre : « vois-moi, aide-moi à me contenir ».
Quand doit-on s’inquiéter ? Lorsqu’il y a des passages à l’acte répétés (auto- ou hétéro-agressifs), des conduites addictives (troubles alimentaires, mises en danger +++…), de l’anxiété, de la dépression, de l’isolement et des idées suicidaires. L’impulsivité devient alors le symptôme d’une souffrance indicible, pas un trait de caractère/une caractéristique et encore moins un comportement conscient voulu pour agacer.
Comment réagir, concrètement ? Se souvenir qu’un adolescent est « épidermique » par nature ! Son impulsivité fait partie du développement « normal ». Par contre ce qui doit inquiéter et alarmer c’est la répétition, la souffrance, ou la mise en danger.
Si des tensions apparaissent, l’objectif n’est pas de prendre le dessus mais bien de faire redescendre l’intensité dans un premier temps. Ne chercher pas l’affrontement « à chaud », éviter de crier et d’adopter une position de combat surtout dans un endroit dangereux (cuisine, balcon, chantier, etc.). Mais asseyez-vous et inviter l’ado à faire de même (on ne se bat pas assis), restez calme et exprimez-vous doucement. Ne pas chercher à « faire parler » l’ado comme dans un interrogatoire mais valider son ressenti avec empathie. À froid, vous pouvez l’aider à mettre des mots sur ce qu’il/elle a ressenti (colère, injustice, jugement, etc.).
Rappelez-vous : donner un cadre clair et sécurisant : la limite contient, elle ne doit pas humilier et punir.
Illustration IA
