Théorie de l’attachement : de Bowlby à Instagram, attention aux dérives et aux raccourcis !
Mon blog
Aller voir ce qui circule sur Internet au sujet de ce dont on parle, ce à quoi on réfléchit et on écrit est pour moi un travail primordiale.
Aujourd’hui je vous propose de faire un bref focus sur une de mes assise de base en tant que psychologue : La théorie de l’attachement !
Pour être franche, ce que je découvre sur les réseaux sociaux me désole voir m’effraye. Le mot attachement est partout (même réflexion pour le mot Trauma soit dit en passant), avec des publications qui vont du meilleur au pire, avec beaucoup de confusions, simplifications, voire d’erreurs. La théorie de l’attachement est devenue omniprésente au prix d’une vulgarisation qui frise souvent la déformation. En effet, le terme « attachement » est partout mais souvent réduit à des étiquettes simplistes (« évitant », « anxieux »), des formules de guérison rapide, des citations, des vulgarisations (même sur LinkedIn), des infographies plus ou moins douteuses. Pire on y voit naître des personnes qui s’auto-déclarent évitants, préoccupés, anxieux, désorganisés et revendiquent alors comme une forme de reconnaissance voir d’ailleurs d’attachement en s’entichant d’une étiquette. Ces messages sont parfois trop simplifiés et parfois même totalement faux. Entre « pseudo-experts » et simplifications abusives, le concept original de Bowlby se perd dans un brouillard sémantique. J’identifie très souvent un décalage flagrant entre la complexité scientifique initiale et la représentation publique diffusée.
Un manque de formation rigoureuse mène à des erreurs conceptuelles graves et beaucoup de pseudo-experts ont une approche parfois très peu rigoureuse de ce qu’ils diffusent. Les formations approfondies et scientifiques de la théorie de l’attachement sont rares, long et très peu accessibles en français (DU Attachement (2 ans), Institut de la parentalité, APPEA). Il résulte de tout ceci un flou massif, où chacun parle d’attachement mais plus personne ne sait si c’est bien de la théorie de Bowlby et de ses évolutions dont on parle !
J’ai moi même pris quelques raccourcis de vulgarisation sur le sujet et dans mon cursus et mes formations actuelles j’ai encore parfois du mal à m’y retrouver, imaginez pour les lecteurs, les étudiants, les cliniciens qui souhaitent comprendre… !
En cherchant à mettre de l’ordre dans ce brouillard, je me suis dit qu’il serai bien que je vous partager une courte réflexion développée par ma formatrice Alexandra Deprez (formation Théraplay et en cours de formation au DMM (Dynamic Maturational Model of Attachment and Adaptation).
La confusion ne vient pas forcement d’une fragmentation structurelle mais plutôt d’un langage hybride dans lequel chaque domaine (psychiatrie, protection de l’enfance, réseaux sociaux) a réadapté les concepts de Bowlby pour servir ses propres besoins. La théorie de l’attachement n’est plus une théorie unifiée mais un ensemble de discours distincts (scientifiques, cliniques, sociaux, médiatiques, etc.) qui coexistent parfois, se chevauchent ou s’opposent.
Pour naviguer dans ce « brouillard sémantique », posons nous donc toujours la question de nos propres références. Chacun peut identifier d’où et de quoi il parle (recherche, politique, média ,auteurs ?), dans quel but (diagnostic, compréhension de soi, recherche ?) et de prendre conscience des « angles morts » (comment le concept est modifié, simplifié ou détourné pour répondre à un objectif ?) pour mieux naviguer dans la complexité de ce concept si passionnant.
Illustration IA
