Le Bestiaire de Niki de Saint Phalle : fenêtre fascinante sur un trouble dissociatif d’origine traumatique.
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Très tôt, Niki de Saint Phalle entremêle dans son travail les préoccupations féministes et écologiques. Au delà de cette lecture, nous pouvons aussi y voir la représentation de son combat contre son trouble dissociatif et sa victoire sur celui-ci.
Si Niki de Saint Phalle a souvent évoqué l’art comme une forme de guérison, il est important de préciser qu’il ne s’agissait pas d’une simple thérapie au sens clinique du terme mais comme une transmutation. Elle utilise l’art comme une stratégie de stabilisation et d’intégration pour surmonter les traumatismes de son enfance, notamment l’inceste. Le traumatisme n’est pas le simple sujet de ses œuvres où ses peurs et ses colères sont transformées en expressions artistiques mais une force qui l’a pousse à créer, à s’autoréguler en réinventant, transformant et unifiant son monde intérieur blessé. En somme, son oeuvre est une puissante psychanalyse publique, où l’art sert de pont entre son monde intérieur blessé (destructeur) et le monde extérieur créateur.Dans son bestiaire chaque animal qu’il soit féroce ou enchanteur peut être vu comme une sorte de représentation de différents « états du moi », archétypes symboles qui incarne ses différentes émotions ou ses différentes facettes de personnalité dissociées qu’elle ne pouvait pas exprimer directement.
Créer ces sculptures d’animaux, lui servait notamment à les apprivoiser, stratégie de contrôle et d’unification de soi. En fabriquant elle-même des serpents, elle transformait la peur ressentis en force de joie. Une éternelle transmutation de la matière noire intérieure refoulée en or et couleur éclatante lieu de joie, de sécurité et de création, une mue métaphorique puissante, se détacher de son passé traumatique et se reconstruire. Elle intègre également dans son bestiaire, ses eternelles nanas, représentations de se corps éffracté et de sa reconstruction identitaire. Représentation ambivalente du traumatisme infantile (oserai-je rajouter d’attachement), la dualité du bestiaire semble être une façon de faire de ses blessures une force, le désir de se mettre a distance de la réalité oppressante de son enfance.
